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Festen | Cyril Teste

@Simon Gosselin

Les tourments de Festen servis sur un plateau

Les Inrocks

Cyril Teste use du théâtre et de la vidéo live pour un hommage à “Festen”, le film de Thomas Vinterberg. Après avoir été créée à Bonlieu, la scène nationale d’Annecy, la performance filmique débarque aux ateliers Berthier de l’Odéon.

Dans Les Trois Sœurs, Tchekhov fait coïncider l’anniversaire d’Irina, la plus jeune des sœurs, avec celui de la mort du père. Le principe est inversé dans Festen de Thomas Vinterberg et Morgens Rukof. C'est l’anniversaire des 60 ans du père qui provoque la réunion d’une fratrie, peu après le suicide d’une de ses filles nommée Linda.

Ce qui autorise Cyril Teste qui monte l’adaptation théâtrale du film à rendre compte des événements du point de vue du père. un père qui après la dénonciation de ses abus sur ses enfants va se retrouver au ban de sa famille et de la société. Christian, le frère jumeau de Linda, ouvre les hostilités en dénonçant les crimes sexuels de son père et la complicité de sa mère qui n’a rien dit, même si elle fut témoin des viols que sa sœur et lui ont subis durant l’enfance.

Les principes du Dogme95

Avec le concept de performance filmique, Cyril Teste et le collectif MxM se sont inspirés des principes du Dogme95, le manifeste d’une nouvelle manière de faire du cinéma signé en 1995 par les réalisateurs Thomas Vinterberg, Lars von Trier, Kristian Levring et Soren Kragh-Jacobsen . Après avoir testé en 2013 leur méthode de jouer et tourner en direct sur le plateau avec Nobody d’après l’œuvre de Falk Richter, ils se lancent aujourd’hui dans une adaptation au théâtre du premier film se revendiquant du fameux Dogme95.

Une troupe de seize comédiens est convoquée dans l’hôtel particulier de la famille Klingenfeldt. Le décor mobile permet à la caméra de suivre les protagonistes de pièce en pièce. Pour plus de vérité, le créateur choisit de servir un repas en temps réel. Quatre spectateurs sont invités à partager avec les acteurs ce menu inspiré par celui proposé dans le film et créé par le chef Olivier Théron.

Puisqu’il s’agit d’une pièce où le rappel du passé est crucial, Cyril Teste travaille sur la mémoire olfactive en dispersant dans la salle des odeurs de sous-bois, de feu de cheminée et le parfum de Linda, trois fragrances créées par le parfumeur Francis Kurkdjian. Cette débauche de signes rend encore plus émouvants les moments de bascule, quand la scène se vide et témoigne dans ses pénombres du drame qui se joue sous nos yeux.

S’attardant longuement avec sa caméra sur un tableau du salon, Cyril Teste fait d’Orphée ramenant Eurydice des enfers de Corot l’énigmatique “rosebud” et la clef de son spectacle. Sans diminuer la charge dénonciatrice du film, il opte pour l’échappée belle d’imaginer que ce règlement de comptes en famille apaise au final la souffrance de l’âme de la disparue tout en réparant les désordres subis par les vivants. Une manière très tchékhovienne d’honorer Vinterberg.

Les Inrocks | Novembre 2017 | Patrick Sourd

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