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L'Enfance à l'oeuvre - Robin Renucci

@Olivier Pasquiers

Interview de Robin Renucci

Le Télégramme | Sept 2017

Propos recueillis par Delphine Tanguy
Dans « L'enfance à l'oeuvre », le comédien et metteur en scène Robin Renucci revient sur les lieux de l'enfance de grands écrivains et aborde la question de la vocation artistique. Entretien, avant deux représentations au Théatre de Cornouaille les 3 et 4 octobre.

Dans cette pièce, vous remontez aux sources de la vocation artistique d'écrivains célèbres. Qu'est-ce qui a guidé votre choix ?
Nous sommes tous construits par notre enfance et c'est un thème récurrent des auteurs quand ils sont sensibles à cette question. La plupart d'entre eux reviennent sur cette question du creux que laisse l'enfance, qui n'est jamais comblé. C'est retrouver cette sensibilité-là, dans un contexte politique où l'enfant est un lieu de spéculation des grandes industries pour capter leur attention. Ce qui ne leur laisse plus le temps de s'ennuyer ou de créer. Les textes sont tellement simples et précis que cela plonge les gens dans des images et l'on va vivre devant soi des enfances différentes, celles de Marcel Proust, Arthur Rimbaud, Romain Gary. Paul Valéry dit que la vie d'adulte est la recherche permanente de cette vibration qu'on a ressentie dans l'enfance et qu'on ne retrouve que rarement. Peut-être que l'art est un outil, en tout cas la littérature en est un pour partager cette perception.


La musique avec laquelle vous dialoguez tient un rôle très important dans la pièce.
Le grand public a parfois du mal au départ à apprécier la musique classique, en se disant : « Ce n'est pas pour moi ». La musique n'est pas là pour illustrer mais pour permettre une sorte de rêverie. Je dialogue avec Nicolas Stavy, pianiste virtuose qui joue de très belles oeuvres de Rachmaninov, Schubert, César Franck.

C'est aussi une façon d'éclairer votre propre parcours.
Je suis un militant de l'éducation populaire avec une volonté farouche de tenter que chaque enfant, chaque humain ait sa piste d'envol. Si le lieu de transmission qu'est la famille ne peut remplir cette mission, l'école peut suppléer à cela. Et si elle échoue, il y a toujours le monde associatif. J'essaie de fréquenter ces trois lieux de transmission. Je viens d'un milieu très modeste. J'ai reçu de ma famille des valeurs. Les professeurs m'ont donné le goût du dire, des textes et les MJC, les stages de théâtre m'ont permis de voir que c'est ce que je voulais faire de ma vie. Cela traverse le spectacle.

Vous êtes très attaché à la transmission, à susciter des vocations notamment par le biais du festival de théâtre que vous avez créé en Haute-Corse.
C'est mon chemin, ma vie. J'ai eu la chance d'être élève au Conservatoire national et j'aurais pu être une vedette, mais cela ne me suffisait pas. J'avais le désir de converser avec les gens plus que de montrer les choses aux autres. Chacun est une partie de la chose et on la construit ensemble avec le public.

Vous poursuivez votre recherche dans « De la vocation », une pièce que vous jouerez hors les murs du théâtre début décembre.
C'est un diptyque. Dans ce spectacle, on parle à la fois de la création et de la vocation des auteurs mais aussi de celle d'un électricien, d'un charpentier, d'un instituteur. Comment dans le savoir-faire, on se réalise soi-même. Beaucoup de gens passent à côté de cette capacité car ils doivent gagner leur vie. Très souvent, à la fin du spectacle, il y a un débat sur ce qu'est réussir sa vie : gagner de l'argent ou faire ce qu'on a envie de faire. Avec Tréteaux de France, on a cette mission de transmission populaire et de conversation avec le public dans les territoires. Parfois, c'est à l'origine de nouvelles écritures.

Le Télégramme Quimper | Jeudi 14 septembre 2017

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