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Mechanics - Sylvain Rifflet

@Michel Laborde

Interview de Sylvain Rifflet

Citizen Jazz | Sept 2017

Sylvain Rifflet est un orfèvre du son qui depuis plusieurs années mène un travail rigoureux avec son quartet Mechanics.

Rares sont les saxophonistes dont le son est reconnaissable à la moindre écoute. Notre époque a la chance d’en compter au moins un en la personne de Sylvain Rifflet, et c’est une vraie chance, d’autant qu’il a sur son métier une vision à long terme. Rifflet est un orfèvre du son qui depuis plusieurs années mène un travail rigoureux avec son quartet Mechanics. Un orchestre qui a « gagné de nombreux concours de beauté », pour reprendre son expression. Mais Rifflet, c’est aussi un musicien obsessionnel, passionné par Stan Getz et son album Focus, au point de vouloir s’y frotter dans un album à venir. Rencontre au café, quelques minutes avant de revêtir son désormais célèbre manteau rouge pour une représentation de Mechanics à la Chapelle Corneille de Rouen.

- Vous tournez en ce moment avec votre quartet pour le spectacle Mechanics. Quel est l’appréciation que vous portez sur cet orchestre en regardant dans le rétro ?

Ça fait cinq ans que nous tournons ensemble. Il y a eu d’abord notre disque Alphabet, pochette verte, qui n’a pas eu de prix de beauté, et Mechanics, qui en a gagné un superbe avec la Victoire du Jazz. C’est un vote où il y a 500 disques en sélection et où il n’en reste qu’un. C’est ton œuvre et pas ton image, et c’est vraiment chouette. En concert, on a ouvert les choses ; on joue une quinzaine de morceaux, c’est très libre, improvisé, on prend dans les deux disques. Alphabet était le premier jet, avec un côté plus brut et radical ; pour le second album, je voulais un son plus rond et propre, qui s’attache davantage aux bols de Benjamin Flament. C’est un choix de production qui se retrouve dans notre direction actuelle en concert.

- Est-ce que le fait d’avoir travaillé sur Moondog entre les deux disques a influencé Mechanics ?

C’était en plus avec le même orchestre, augmenté. Moondog était déjà carrément présent, mais cela a permis d’accentuer cette voie. Notamment en s’appuyant plus sur les percussions de Benjamin. Parce que le grand truc de Moondog, entre autres choses, c’est quand même les percussions. Avec Mechanics, j’ai intégré des ingrédients qui appartenaient aux spectacles précédents, et notamment de Perpetual Motion. C’est le cas de « 2 West 42e Rue », dans une version différente. Il y a plein de bonnes raisons à ça, et notamment parce que le premier enregistrement était live, assez rêche. On a commencé ce morceau avec Mechanics, et les choses étaient différentes. Il y a une dynamique de groupe, notamment avec « Electronic Fire Gun », dans une optique moins arrachée, carrément fondatrice. Sur mon prochain disque, je vais faire une version de « From C » vraiment différente, qui illustrera cette évolution. Ce sera moins figé, plus libre.

- Vous avez envie de continuer avec Mechanics ?

Oh oui ! Il y a beaucoup de concerts dans de bonnes conditions, à l’étranger comme en France. Je m’y sens extrêmement bien, et mes compagnons aussi. Je n’ai pas du tout envie d’arrêter. C’est dur de se renouveler avec la même instrumentation. On a déjà fait trois disques, de fait, avec ce groupe. Il faudra se renouveler, il y aura nécessairement un creux. J’espère qu’on trouvera les moyens de continuer.

- Est-ce que vous pensez que la dimension graphique de Mechanics, et notamment la pochette de Schuiten, y a été pour beaucoup ?

Clairement, ça a interpellé le public. On est à un moment où l’image a son importance. Je n’ai pas changé une once de ma musique, je n’ai pas dit « tiens, je vais faire des photos et une musique putassière pour les accompagner », c’est ça l’important. J’en suis très content : l’idée est venue en deux temps, en discutant avec mon attachée de presse, Muriel Vandenbossche que le personnage rouge de Schuiten ce soit moi. Puis ensuite en faisant faire le manteau sur mesure plutôt que de dénicher une veste rouge lambda. Ça théâtralise la musique, je ne trouve pas ça si mal ! J’arrive avec le manteau, je m’en vais avec, c’est du spectacle.

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Interview de Sylvain Rifflet | Citizen Jazz Septembre 2017 | Franpi Barriaux

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