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Moi et François Mitterrand

@Raphael Arnaud

Rendez-vous le 10 mai prochain avec François Mitterrand

Humour et Théâtre

Olivier Broche interprète avec un talent éblouissant la correspondance intime entre Hervé et François, imaginée par Hervé Le Tellier et excellemment mise en scène par Benjamin Guillard. Sans doute le spectacle le plus drôle du moment !

Comment dire toutes les qualités de ce spectacle sans en dévoiler les ressorts comiques, les péripéties drolatiques et les arcanes pataphysico-politiques ? Le décrire serait en affadir les subtils et désopilants effets… On peut, à la limite, raconter les conditions des aventures épistolaires extraordinaires d’Hervé Laugier, inventé par Hervé Le Tellier (membre de l’Oulipo et de la bande des déjantés logophiles des Papous dans la tête) et génialement campé par Olivier Broche. En 1983, Hervé écrivit à François. Le secrétariat de l’Elysée lui répondit poliment. Aux yeux d’Hervé, cet accusé de réception valut comme invitation à continuer sa correspondance avec le premier des Français… Trois décennies plus tard, Hervé fait l’exposé de cette relation secrète : mieux que le roi, il a été l’oreille du roi. « Dérisoire », « juste à côté de l’Histoire », « décalé », « comme un point dans une image, comme un petit personnage de Sempé », chante Anne Sylvestre. Tel est Hervé Laugier, petit bonhomme érudit et rêveur, mythomane inoffensif, Don Quichotte en pyjama ou Père Joseph en pantoufles, héros ordinaire qui s’invente une place dans l’Histoire du fond de son salon.

Entre Cervantès et Sempé

Olivier Broche use avec brio d’un talent comique extraordinaire : on rit du début à la fin, et la moquerie ne vient jamais gâter l’immense plaisir pris aux cocasseries du texte et à la précision jubilatoire de la langue. Laugier est un tendre ; Olivier Broche lui offre une humanité bouleversante. Bureau, fauteuil, piano et vidéoprojecteur : la mise en scène fait avancer le méticuleux mémorialiste dans les étapes de son récit avec un remarquable sens du rythme et du suspense. Le bonheur à être hilare est immense, et pourrait suffire. Mais, plus éblouissant encore, Hervé Le Tellier réussit, en narrant les aventures de cet hidalgo en chambre, à inventer un avatar du chevaleresque gentilhomme de la Mancha, dont la folie démasque les faux-semblants d’une caste politique courtoisement condescendante avec ceux sans lesquels elle ne serait pourtant rien. Homme transparent rêvant à l’ombre du pouvoir, Hervé Laugier est le parangon de tous ces Français qui, à la lecture des journaux ou devant leur poste de télévision, aimeraient bien dire à ceux pour lesquels ils ont voté, combien ils les désapprouvent, souvent, les soutiennent ou les comprennent, parfois, et les aiment bien, au fond…

La Terrasse | Octobre 2016 / Catherine Robert

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