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Ça ira (1) Fin de louis

@Elizabeth Carecchio

Ça ira (1) Fin de Louis

Une fresque épique

Joël Pommerat signe un spectacle documenté et passionnant sur la Révolution française. La première partie d'une fresque épique sur la naissance de la démocratie.

L'instant est grave, solennel. Le premier ministre de la France prend la parole. La dette est abyssale. Le pays court à la ruine si le gouvernement n'engage pas des réformes fiscales immédiatement. Il ne s'agit pas de Jean-Marc Ayrault ni de Manuel Valls, mais de Necker. On est en 1788. D'ailleurs, ce premier ministre ne s'appelle pas Necker. Joël Pommerat met des masques aux grandes figures historiques qui peuplent les manuels scolaires. Il a changé les noms des protagonistes. Seul Louis XVI apparaît sous sa véritable identité. Pommerat nous montre la Révolution sans les images d'Épinal, sans le folklore ni les costumes d'époque. Au Musée Grévin animé, il préfère un théâtre au présent, immersif. Quatre heures passionnantes dans les rangs de l'Assemblée nationale comme si vous y étiez
Bien sûr, on reconnaît l'intransigeant Robespierre sous les traits de la députée Lefranc. On devine Marat, on identifie Bailly, le premier maire de Paris, et quelques autres. Mais le propos de Pommerat est ailleurs. Ça ira (1) Fin de Louis est nourri par des archives et témoignages d'époque, les procès-verbaux des débats de l'Assemblée et autres réunions publiques, des journaux, des correspondances de députés, Mémoires intimes ou écrits politiques

Cette matière livresque, Pommerat la transforme en une parole vivante, incarnée avec brio par une dizaine de comédiens exceptionnels qui jouent chacun plusieurs rôles - le budget perruques est important. Il met en scène une parole performative. On entend et voit se former une pensée politique qui n'est rien d'autre que la démocratie. Les députés sont dans la salle, au milieu des spectateurs ou sur le plateau. Ils s'applaudissent, se félicitent, s'invectivent, s'écharpent. Mais cela ne verse jamais dans le happening gueulard et brouillon. Comme souvent chez Pommerat, le «quatrième mur» tombe. Ici, nul besoin de scénographie circulaire ou bifrontale mais une énergie dingue qui passe de la scène à la salle, et réciproquement. Les mots deviennent des actions. Violentes, sanglantes parfois - voir la prise de la «prison centrale» (la Bastille). Elles sont hors champ. Le peuple des faubourgs reste en coulisses. Il nous parvient à travers les débats des comités de quartier et de l'Assemblée nationale. (...)

Le Figaro

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