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Comme une pierre qui...

@Simon Gosselin

Comme une pierre qui...

Avec Dylan, la Comédie-Française élargit son répertoire

Marie Rémond et Sébastien Pouderoux mettent en scène «Comme une pierre qui…», pièce sur la genèse de la chanson du mythe vivant.

(...) Bob Dylan : il est là, enfin, sous les traits de Sébastien Pouderoux, qui signe avec Marie Rémond la mise en scène et l’adaptation du livre Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins, de Greil Marcus. Cheveux bouclés, lunettes noires et harmonica qui tient lieu de propos articulés. Il chuchote. Ne parle jamais directement aux musiciens mais choisit un intermédiaire et use d’un code. Il correspond à l’image que l’on se fait du mythe vivant. La restitution des répétitions est réaliste, et c’est sans doute cela qui distille de l’inquiétude durant le premier quart d’heure. Comment répéter des répétitions ? Comment clore une simulation de work in progress ? Après le triomphe des biopics, l’apparition des exofictions, débute-t-on une nouvelle ère qui serait celle de la reconstitution des making-of d’œuvres célèbres ?

Ils répètent, ils bifurquent, ils re répètent, ils sont distraits, un téléphone à fil géant les interrompt souvent, tout comme le producteur Tom Wilson qui lance les prises à la régie derrière les spectateurs. L’un des musiciens se fait plaquer mais il ne le sait pas encore, on n’entend pas la voix de sa copine, c’est un spectacle entièrement sans femme. Sébastien Pouderoux est si bien Bob Dylan qu’il en est au début agaçant. Une vraie conférence de presse est restituée, les journalistes et leurs questions absurdes et les réponses lasses et moqueuses de l’adulé.

Puis, tout d’un coup, que s’est-il passé, la transmutation opère. On ne se pose plus la question de la référence et du modèle, on voit un Bob Dylan et des musiciens qui existent pour eux-mêmes et en eux-mêmes. Le spectacle prend son envol, se dégage de sa matrice et, de manière virtuose, Sébastien Pouderoux récite à toute vitesse Last Thoughts on Woody Guthrie, un poème de Dylan écrit quand Guthrie était sur son lit d’hôpital, et dont la traduction en français est tout d’abord lisible sur un écran, puis complètement raturé par les juxtapositions de mots.

Autre moment de grâce : quand les musiciens écoutent au casque ce qu’ils ont enregistré. On entend le silence, tandis qu’ils disent leur quant-à-soi. Le temps qui se télescope est à présent mis en scène, vieillesse et jeunesse simultanément, Al Kooper, (Christophe Montenez) à l’écart se remémorant un demi-siècle plus tard ce que l’on voit sur scène. Des séquences si émouvantes que les acteurs du Français peuvent désormais sans provoquer aucune gêne jouer en entier la chanson définitive Like a Rolling Stone. Et qu’on peut enfin dire : «Ah, tiens, oui, c’est vrai. Du rock, sur scène, à la Comédie-Française, doublé d’un texte qui s’apparente à de l’écriture de plateau : c’est une première.»

Libération

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