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Blanche Gardin

@Jean-François Robert

Blanche Gardin

Il faut que je vous parle

L'année 2015 et son cortège d'horreurs l'ont évidemment inspirée. L'humoriste poursuit sa traque de l'atroce dans nos vies dérisoires. Et on se marre.

Voix posée. En répétition à la Nouvelle Seine pour son nouveau spectacle, Je parle toute seule, voilà déjà plus d'une heure que Blanche Gardin arpente le plateau de la petite péniche-cabaret du 5e arrondissement. Ce vendredi de janvier, texte et micro à la main, l'humoriste reprend vannes et postures : « Ce bloc-là, je le ferais bien assise », lance-t-elle après une longue tirade délirante sur l'égoïsme. Le ton n'a pas changé depuis son dernier seule-en-scène : drôle, intelligent et terriblement trash. Tout ce qu'on attendait de celle qui nous avait bluffés avec Il faut que je vous parle, joué dans cette même salle neuf mois durant l'an passé, véritable claque à la face du stand-up formaté et bien pensant.

Présence intense et écriture ciselée

Un retour sur scène, entre excitation et peur, que personne n'imaginait, pas même la comédienne, qui avait à l'époque attendu cinq ans après son passage au Jamel Comedy Club (2006) pour se lancer en solo. « Je ne m'attendais absolument pas à ce que ça marche autant », avoue-t-elle, encore surprise par cet engouement général. « La réaction des gens a été hyper touchante. Au départ, Il faut que je vous parle, c'était surtout une grosse envie de remonter sur les planches et de dire à quel point ça n'allait pas. Il y a eu une vraie reconnaissance de mon travail et de la situation que je vivais ; les gens se sont retrouvés peut-être. » Et de fait, en jouant à guichet fermé durant les deux derniers mois de représentation, son personnage de trentenaire célibataire dépressive et sans filtre a su effectivement gagner son public. Celle qui doute en permanence doit bien se rendre à l'évidence, son retour au stand-up ne sera pas le « one shot » qu'elle avait envisagé.

Pas de rupture amoureuse déclic cette fois-ci, mais un enchaînement logique. Six mois après le début des représentations à la Nouvelle Seine, Blanche, auteure compulsive, décide d'arrêter d'ajouter de « nouveaux blocs de texte chaque semaine » à ce premier show, pour se mettre plutôt à l'écriture d'un deuxième, chose impensable jusque-là : « Je m'étais éloignée du fil rouge existentiel, j'allais mieux, alors, en mai dernier, j'ai commencé à écrire uniquement pour Je parle toute seule. » Huit mois de travail, une tournée new-yorkaise et la rédaction d'un livre plus tard*, la comédienne de 38 ans revient avec une centaine de pages encore plus noires, observation acérée de notre société mêlée de scatologie, de mort et de sexe. Un regard qui n'appartient qu'à elle, celui « d'une conne sur un monde de merde » qui n'a pas fini de titiller nos névroses : « Je pensais qu'il y aurait moins de cul, mais non [rires] ! Tout est lié : je parle de puissance, de mégalomanie, de la manière dont on change radicalement dans sa vie, de l'absurdité de la question de l'identité. Rien n'a bougé depuis l'année dernière. Je vis toujours seule, mais mon point de vue sur la situation a changé, lui », ajoute-t-elle. Solitude, sexe fantasmé, attentats ou élections, l'année 2015, riche en événements, n'a pas manqué d'inspirer Blanche : « J'ai besoin de vite transformer les choses façon stand-up pour aller dire sur scène ce que j'ai en tête. C'est devenu vital. Le rire est une mise à distance : plus un événement est dramatique, atroce et injuste, et plus ce mécanisme est systématique chez moi. Le 13 novembre, j'étais seule dans mon appart, le 16, je faisais un plateau d'humoristes avec 3, 4 minutes sur les attentats. Les gens riaient tellement fort, ça faisait presque peur. A ce moment-là, tu te dis que tu fais vraiment un métier utile », confie-t-elle.

Télérama


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