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Les Résidents

@François Langlais

Interview du médecin Laure Jouatel

Les Résidents d'Emmanuelle Hiron

Dans la pièce « Les résidents », qui sera proposée les 25 et 26 février au Théâtre de Cornouaille, la comédienne Emmanuelle Hiron questionne notre rapport à la vieillesse. Pendant plus d'un an et demi, elle a suivi le travail au quotidien du médecin gériatre Laure Jouatel au sein d'un Ehpad près de Rennes. Cette dernière revient sur le projet.

> Qu'est ce qui vous a amené à ouvrir les portes de l'Ehpad de Vézin-le-Coquet à la comédienne Emmanuelle Hiron ? 
L'initiative vient surtout d'Emmanuelle Hiron qui est une amie d'enfance. Elle m'a entendue parler de mon travail et elle m'a dit un jour qu'elle aimerait bien faire quelque chose sur ma façon de travailler. À l'époque, je me passionnais pas mal pour l'impact des techniques non médicamenteuses sur les patients déments. L'Ehpad a obtenu un prix au niveau national qui récompensait les établissements les plus novateurs. Ce qui a permis de financer des projets, dont celui d'Emmanuelle Hiron qui était au départ de faire un documentaire. 

> Comment s'est déroulé ce travail de résidence ? 
J'avais préparé les familles, les résidents, les équipes, le projet initial étant la réalisation d'un documentaire. Je lui ai ouvert les portes et l'ai laissée évoluer seule. Je lui faisais totalement confiance dans sa façon d'être très discrète. Elle filmait toute la vie de l'Ehpad et cela a duré plus d'un an et demi. 

> Le projet a pris ensuite la forme d'une pièce de théâtre où Emmanuelle Hiron incarne sur scène une médecin gériatre engagée... 
À l'issue de ce travail, il y a eu un documentaire de 90 minutes destiné à être diffusé uniquement auprès des familles. Emmanuelle a été bouleversée par ce qu'elle voyait. Pendant la réalisation du documentaire, on a fait pas mal d'interviews toutes les deux. Elle avait déjà son idée de pièce de théâtre. Elle voulait vraiment que ma parole soit entendue. Cette parole enregistrée, c'est ce qu'elle utilise comme monologue dans la pièce. Elle a expliqué ensuite aux familles que ce qu'elle avait vu, elle voulait le partager. Sur scène, il y a une alternance entre la vidéo où on voit les résidents et le monologue. 

> Il était important, selon vous, de libérer la parole sur un sujet devenu tabou aujourd'hui, celui de la vieillesse ? 
J'avais la volonté d'expliquer mon travail et celui des soignants, tout le bon sens qu'ils mettaient dans leur pratique mais aussi ce discours que j'ai sur le constat d'un désengagement sociétal face au vieillissement. Ce n'est pas un désengagement des familles. Dans l'Ehpad où elle a filmé, qui est spécialisé Alzheimer, les familles sont très investies. Mais pour autant, on a un établissement très clôturé, où personne ne met les pieds et dont la société ne parle pas. Je suis ravie que ce discours soit entendu, que le message soit passé et que les gens se posent de vraies questions. 

Vous avez une approche assez novatrice dans votre rapport au vieillissement ? 
Ce qui était novateur, c'est que je me suis vraiment intéressée au non médicamenteux. Ces six dernières années, j'ai mis en place de l'arthérapie, de la luminothérapie pour amoindrir les symptômes de la maladie d'Alzheimer. J'ai tendance à toujours me dire que la vieillesse, ce n'est pas médical. On connaît les effets délétères de tous les psychotropes et des traitements médicamenteux chez les personnes âgées, qui figurent dans les facteurs principaux de chute et d'hospitalisation. Je ne suis pas contre les médicaments mais j'essaie surtout de faire sans. Dans mes formations, je dis toujours qu'il faut réinjecter de l'humain dans la médecine. Aujourd'hui, je vais faire de la gériatrie en libéral avec la volonté de développer toutes ces thérapies à domicile et de travailler en amont de l'Ehpad en accompagnant les patients et les aidants. 

Le regard d'une non professionnelle sur le milieu médical apporte-t-il beaucoup ? 
C'est un regard dans lequel je me complais car dans ma pratique quotidienne, je suis comme ça et j'aimerais que, nous soignants, on soit tous comme ça. Elle évoque certains épisodes, qui semblent anodins pour moi mais qui l'ont touchée elle. Elle dit tout fort ce que tout le monde pense pour arriver sur quelque chose de joli, sans mièvrerie, et donner envie de reconsidérer « le vieux » dans sa globalité. Elle livre aussi dans la pièce quelques bribes des textes du psychiatre Jean Maisondieu, que je lui ai fait connaître et qui parle beaucoup d'exclus de la société : le vieux en fait partie. 

Entretien réalisé par Delphine Tanguy
© Le Télégramme Quimper | 11.02.2016

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