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Le Canard sauvage

@Elisabeth Carecchio

Le Canard sauvage

La modernité d'Ibsen | Le Télégramme

Avec « Le canard sauvage », présenté les 2 et 3 mars sur la scène du Théâtre de Cornouaille, le metteur en scène Stéphane Braunschweig, nouveau directeur du Théâtre de l'Odéon, poursuit son exploration de l'oeuvre du dramaturge norvégien Henrik Ibsen. 

C'est la 6e pièce d'Ibsen que vous créez. Vous continuez à vous intéresser à l'oeuvre du dramaturge norvégien... 
C'est un peu mon auteur de prédilection. Je l'ai découvert en montant « Peer Gynt ». Quand j'étais jeune, je trouvais que c'était un auteur un peu bourgeois et je me suis aperçu qu'il était d'une grande modernité. Ce qui l'intéresse, c'est comment la société crée des cadres dont l'individu a besoin de sortir pour s'épanouir et pour que la société progresse. C'est un auteur qui a été le contemporain de l'invention de la psychanalyse. Il met en scène l'inconscient et la façon dont les êtres vont gérer surtout ce qu'ils ne connaissent pas d'eux-mêmes. 

Qu'est ce qui vous a séduit dans cette pièce ou ses personnages ? 
Les deux personnages principaux sont Gregers et Hjalmar. Le premier est un idéaliste qui pense qu'il faut vivre en accord avec ses idéaux alors que le deuxième est l'homme de la compromission avec le réel. C'est aussi quelqu'un qui est titillé par le désir d'idéal de Gregers, qui ne vit pas bien cette adaptation au réel. Ce qui est intéressant, c'est que ce sont des personnages qui sont en contradiction avec eux-mêmes - Ibsen était aussi en contradiction avec lui-même - et la façon dont ces contradictions vont ruiner les fondements d'une famille et atteindre une adolescente. C'est une pièce très forte sur le fait de ne pas vouloir affronter ses propres contradictions. 

C'est une pièce qui parle de la famille, du mensonge. En quoi peut-elle avoir une résonance dans notre société d'aujourd'hui ? 

La famille, le mensonge mais aussi le besoin de vérité, de transparence. Gregers est un personnage assez radical. Aujourd'hui, beaucoup de gens sont dans un désir de radicalité, ce qui peut se comprendre dans un monde qui n'est pas simple. Mais répondre par une hyper radicalisation n'est pas la solution. 

Quel a été votre parti pris au niveau de la mise en scène ? 
J'aborde la mise en scène en essayant comme toujours de raconter l'histoire avec le plus de précision et d'acuité possible. Il y a, chez Ibsen, beaucoup de drôlerie, d'ironie voire d'humour noir. Il faut concilier cet humour avec la nécessité d'avoir de l'empathie pour les personnages. Sur le plan de la scénographie, cela fait un peu rêver cette pièce, dont toute une partie se déroule dans le grenier d'un atelier de photographe. Je le fais exister comme un univers plus paradisiaque. 

Vous avez pris la direction du Théâtre de l'Odéon à la suite de Luc Bondy. Vous situez-vous dans son héritage ou avez-vous souhaité donner une orientation particulière ?
Dans tous les théâtres que j'ai dirigés, je me suis situé dans le prolongement, dans l'héritage d'une histoire. Le Théâtre de l'Odéon, c'est un peu l'Europe. Je souhaite défendre l'idée européenne car j'ai toujours monté des auteurs européens et je me suis beaucoup promené moi-même en Europe avec mes pièces. L'inflexion que je souhaite, c'est donner plus de place à la relève européenne, à une génération de jeunes trentenaires. 

Entretien réalisé par Delphine Tanguy
© Le Télégramme - Quimper | 10.02.2016

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