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16-0120-belle-hier_C_Jean-Luc Beaujault

Les rageuses antimythe de Phia Ménard

Les Echos

Rêver un autre monde. Un monde où l’on ne répéterait plus aux petites filles, de génération en génération: «Un jour, tu seras une princesse et tu rencontreras le prince charmant». Un monde où l’homme ne serait plus «le sauveur». Un monde d’où aurait disparu toute domination masculine… «Belle d’hier» s’attaque au mythe du patriarcat. Dès les premières images, l’on est saisi. Par l’esthétique. Par l’ambiance. Par une certaine étrangeté aussi, à moins que ce ne soit simplement l’effet de surprise, comme souvent avec les spectacles de Phia Ménard, fondatrice de la Compagnie Non Nova . Sur scène, cinq personnages en tenue polaire – combinaison, gants, cagoule, lunettes… tout y est – extraient d’une vaste chambre froide des statues congelées, faites de manteaux, de capes, de robes. En un ballet lent, au son du crissement des bottes sur le sol gelé, ils les agencent méticuleusement. Puis se figent. Laissent place au temps qui passe, qui s’étire. Soudain, presque de manière imperceptible, une manche fléchit, une capuche décline, un buste s’affaisse. La glace fond, dans un bruit de goutte-à-goutte. Les statues se délitent, perdent de leur superbe.

Force des interprètes

Alors vient le signal de la révolte. Fini la période de glaciation, place au grand ménage pour «ranger l’humanité». Les cinq femmes – les «rageuses», comme les appelle Phia Ménard – jettent à terre les figures mythiques… ou ce qu’il en reste. Elles les frappent, les piétinent, les assèchent, les essorent, les suspendent à des crochets de boucher, les relèguent. Le rythme est frénétique, la cadence infernale, l’effort énorme. Mais quelle jouissance !

Avec « Belle d’hier», Phia Ménard questionne une nouvelle fois la transformation. Celle des êtres comme des matières. Comme dans «P.P.P.» – créé en 2008 et repris sur scène l’an dernier –, elle utilise la glace, substance instable et qui, cette fois-ci, a nécessité deux ans de tests techniques. «Un travail de patience et de doute», lâche-t-elle dans un demi-sourire. Au-delà de la prouesse technique, il faut souligner la performance physique et la force des interprètes – une comédienne, deux danseuses, une performeuse et une auteure de théâtre. Dans cette «pièce de combat», Phia Ménard ne veut pas être didactique, imposer un point de vue. Elle espère susciter des réactions, de la réflexion: «J’ai besoin que ça frotte, que des questions se posent, que des envies s’opposent.» Pari réussi, assurément.

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