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Hard to be soft - A Belfast Prayer

@Luca Truffarelli

Hard to be soft

Le mot du directeur

Après la lecture de plusieurs messages adressés par de spectateurs ayant assisté à Hard to be soft en novembre dernier, Vincent Léandri, directeur, a souhaité réagir :

« Vous avez été plusieurs spectateurs à vous exprimer parfois avec vivacité ou dépit sur le spectacle Hard to be soft. Il me semble donc intéressant de diffuser largement ma réaction à ces messages.

Sans doute avons-nous manqué de recul dans l’organisation de cet accueil. Voici pourquoi. Le spectacle tel que je l’ai découvert, en avril 2019 au Théâtre de la Bastille à Paris, comportait un surtitrage de toutes les paroles en anglais, comme l’attestent mes notes que j’ai relues dès que nous avons été interpelés. A aucun moment l’organisation de la compagnie, hélas déplorable, ne nous a rappelé l’existence de ce surtitrage, encore moins fait la proposition d’en avoir un.

Il faut dire que nos interlocuteurs ont changé, outre les complexités liées au Brexit et à la crise sanitaire. Ce spectacle nous semblait pour autant essentiel, à la fois pour son invention formelle, sa construction, sa tenue, le rôle de sa bande son, et pour la façon dont il utilise des techniques de danse urbaine en les mettant au service d’une lecture saillante de situations politiques. Nous avons donc choisi de reporter A Belfast Prayer, initialement programmé la saison dernière, parce que ce spectacle exprime selon nous si bien l’histoire récente d’un pays celtique, à laquelle beaucoup de Bretons sont sensibles. Nous avons déployé beaucoup d’énergie à surmonter les difficultés, en allant jusqu’à nous substituer à la production, pour l’organisation logistique de l’accueil de cette compagnie sur Quimper. Nous avons travaillé main dans la main avec Hip-Hop New School, qui en tout point s’est révélé un partenaire fiable, fidèle et déterminé. Un groupe de 10 interprètes quimpéroises a ainsi pu travailler dix jours avec l’équipe artistique pour intégrer le second tableau du spectacle, et ce fut un moment intense, que j’ai trouvé très expressif, à l’image de ce que j’avais découvert à Paris.

Toute l’équipe du Théâtre a été touchée lors des répétitions. Nous avons l’habitude de voir des spectacles en langues étrangère, et à défaut de comprendre la langue (l’accent du troisième tableau était redoutable), nous avons été émus par la figure des deux hommes pétris d’immobilité. Ma sensation en salle fut que ce passage a d’abord capté l’attention, puis perdu beaucoup de spectateurs en raison de sa durée. La posture bienveillante que nous adoptons à l’égard des propositions artistiques nous a fait perdre de vue le rôle du texte, notre émotion de professionnels s’étant placée ailleurs.

Je pense avec le recul que la présence du surtitrage aurait changé pour beaucoup la réception de ce travail, qui reste selon moi une proposition dansée et non pas théâtrale, et nourrie de l’esthétique du hip-hop pour ce qui est des premier, deuxième et dernier tableaux. Nous sommes désolés des incompréhensions qui ont eu lieu, et nous le sommes d’autant plus qu’elle n’est le fait ni de l’équipe artistique, qui s’est montrée irréprochable, ni de notre communication, qui s’efforçait de retracer l’approche artistique. Seule la production n’a pas été à la hauteur.

Le spectacle vivant est une aventure éminemment fragile, la crise sanitaire ne cesse de nous le montrer. Sa réussite tient au fait que chaque personne impliquée doit jouer son rôle, faute de quoi la rencontre espérée, la beauté du rendez-vous longtemps préparé, peuvent s’en trouver affectées. Nous espérons donc votre indulgence, car pour tant de personnes qui se sont engagées dans ce projets et y ont mis le meilleur d’elles-mêmes, il a suffi de la défaillance d’une seule pour que plusieurs spectatrices et spectateurs se sentent laissés de côté. J’espère par ces explications vont vous permettre un tant soit peu de revenir sur vos souvenirs : un spectacle est un moment d’une délicatesse infinie. Pour moi, il mérite toujours mieux qu’un mouvement d’humeur, que chacun d’entre est susceptible d’éprouver à sa réception.

Avec mes sentiments dévoués."

Vincent Léandri


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