Samuel Beckett / Bernard Levy
« 1953 : pièce d’avant-garde. 1956 : pièce bourgeoise. 1961 : spectacle officiel », ainsi résumait-on la carrière d’En attendant Godot, il y a près d’un demi-siècle. Pièce unique surtout, qui même cernée, refuse de se rendre : depuis sa création, on l’a qualifiée de nihiliste, de poétique, de choquante, d’insolite, de féroce, de révolutionnaire et même de classique. Mettre en scène la première pièce de Samuel Beckett, c’est se confronter à une multitude de Godot passés ou possibles, c’est prendre en compte une certaine mémoire, consciente et inconsciente. Une mémoire faite d’images devenues clichés: deux vagabonds en chapeau melon, un arbre étrange, un homme qui mène au bout d’une corde son esclave aux cheveux blancs. Cette mémoire, c’est aussi celle de la multiplicité des interprétations possibles : une pièce métaphysique jouée par des clowns, une variation sur l’amitié, une fable sur la place de l’homme face à un Dieu hypothétique…
Par un travail très précis et très musical, Bernard Lévy et son équipe artistique servent Samuel Beckett avec une intelligence, une sensibilité et une humanité magnifiques. Rien de lugubre dans le parti pris esthétique ; au contraire des lumières blanches qui peuvent signifier une certaine espérance.
La seule certitude du metteur en scène face à cette écriture, c’est la jubilation qu’elle provoque, les réflexions abyssales qu’elle déclenche sur la condition de l’homme et son immense difficulté à « être ». Sans doute est-ce pour cela que la première pièce de Beckett continue de déranger, de surprendre et d’émouvoir. Et qu’on continue d’attendre…
- - - - -
Production déléguée MC2: Grenoble Coproduction MC2: Grenoble, Cie Lire aux Éclats, Le Parvis-Scène nationale de Tarbes Coréalisation Athénée Théâtre Louis-Jouvet, La Cie Lire aux Éclats est subventionnée par la DRAC Ile-de-France